«Voir, venir, prévenir» — Simon Renaud

ou «le dégoût» symbolisé pour les jeunes enfants

Simon Renaud, designer graphique et typographe

Simon Renaud est un graphiste et typographe basé à Paris. Il investit différents supports d’expression du design graphique tels que l’édition, de la typographie, des supports numériques et collabore fréquemment pour la réalisation de photographies. Il a précédemment co-fondé le collectif A is a name avec Jérémie Nuel (2010–2014). Il a créé le projet de recherche «Language as Symbols», un site web de «veille» sur les systèmes d’écriture dans le monde.

Simon Renaud | simonrenaud.fr
«Languages As Symbols» | writing-system.tumblr.com

Questionnaire de recherche :

Ci-dessous sont présentées les réponses de Simon Renaud (SR) au questionnaire développé et transmis à diverses personnalités (graphistes, chercheurs, scientifiques, etc.) dont le travail et/ou les réflexions se sont révélées en lien avec le sujet de résidence de recherche et de création mené par Charles Gautier (CG) et Sébastien Noguera (SN) au Signe, centre national du graphisme de Chaumont :

Mode de représentation d’un danger mortel, entre réalisme et abstraction

Mots-clés

Introduction

Dans notre rapport aux signes visuels d’un «danger mortel non perceptible», nous pouvons énoncer deux manières de procéder : soit l’émetteur fait référence à une culture commune avec le récepteur, pour proposer un signe motivé et reconnaissable, reproduisant l’objet à lequel il renvoie, soit il propose un signe qui est arbitraire, qui ne renvoie à rien de réél et qu’il faut apprendre.

Dans le premier cas du signe motivé [1], sa forme est définie par celle du référent et issue d’une ressemblance avec celui-ci. Exemple, une flamme pour «inflammable» ou une «tête de mort» pour représenter la «mort». Dans le second cas, nous observons des symboles où il y a une forme arbitraire entre la forme du signifiant[2] et celle du référent (élément auquel il renvoie : le chat réél pour le dessin d’un chat). Ils le sont par pure convention – tel que le signe de la croix de Saint-André pour «nocif» et le trisecteur[3] pour les dangers d'irradiation.

Dans ces deux typologies (motivées et arbitraires) de signes, le niveau de compréhension et de perception de ces signes est observé à travers un corpus réduit. D’un côté, le symbole de la «tête de mort» désignant les dangers mortels et de l’autre, deux symboles trilobiques (danger biologique et radioactif) pour les dangers infectieux ou d’irradation mortels. Nous regarderons comment nous les comprenons dans un processus de communication. Le premier le sera en fonction de la représentation d’une conséquence (la mort) et l’autre, dans sa représentation d’une cause (un danger invisible). Ces deux exemples de symboles qui préviennent d’un danger ou d’une mort imminente et ils seront observés dans leur relation entre le signifiant, le signifié et le référent qu'ils convoquent (leur relation entre le dessin, le concept et l’objet réél).

Nous observons comment s’opère la signification d’un signe proche de son référent et d’un signe indépendant du référent. Comment un signe avec dessin réaliste a son signifié impacté par le contexte culturel du lecteur et le milieu dans lequel il évolue. Nous verrons, dans ce processus de communication, qu’il est primordial d’avoir un code commun mais que ce code n’est pas toujours universel. Nous nous regarderons également sur la question de la création et l’apprentissage de nouveaux symboles et nous verrons les avantages et les inconvénients de cette piste et comment des solutions se profilent.

1. Signe motivé : la «tête de mort» pour danger mortel

1.1. Un sens multiple

Un signe motivé est une reproduction des choses auxquelles il renvoie (le référent) par l’utilisation de formes simplifiées du type pictographique. Ils ont la spécificité d’être perçu rapidement sans un réel apprentissage dans l’environnement dans lequel ils sont convoqués. Ces formes symboliques, proches d’un signe iconique, sont motivées par le référent (une flamme pour «inflammable», une main irritée pour «corrosif», etc.). Si nous prenons le cas de la représentation de la mort. Son symbole, dans notre société actuelle, est communément représenté par un crâne avec deux tibias (deux fémurs) croisés et nous rappelle les ossuaires pour les ossements humains. Il peut nous sembler probant que la tête de mort symbolise le mieux la mort et cette représentation peut s’avérer évidente. Nous verrons que même s’il est bien encré dans notre paysage culturel, il est surtout lié à une culture et qu’il varie selon différents critères.

Aujourd'hui, nous rencontrons la tête de mort et les tibias (et parfois des fémurs) dans notre quotidien pour signaler les produits toxiques (du type poison) dans un système d'étiquetage des substances chimiques. Ce symbole fait sa première apparition dans les années 1850 par l’American Institute of the History of Pharmacy[4] pour aider à identifier des bouteilles à risque. Ce symbole signifie un danger mortel et fait partie actuellement d’un ensemble de signes se référant à des éléments physiques existant (flamme, explosion, animal mort, etc.) et conventionnels (point d’exclamation, croix, etc.). Ce symbole pictographique est compris dans ce premier ensemble tiré de formes réalistes, sensées être particulièrement lisibles pour les personnes le rencontrant ou le découvrant. Sa forme pictographique lui donne l’avantage d’avoir un signifiant constant pour un signifié équivalant, quelque soit la langue et donc d’avoir le même sens : «si tu bois ce produit, tu risques la mort».

L’utilisation de la tête de mort avec deux os pour la symbolique funeste n’est pas nouvelle et elle est déjà bien connue. Nous pouvons citer sa présence dans des thématiques picturales anciennes tel que le Triomphe de la Mort, la Crucifixion de Jésus[5] ou le Memento Mori. Mais sa première apparition sous la forme d’un crâne et des tibias en croix comme un signal d’avertissement apparaît vers le XVIIe siècle avec les pavillons des pirates[6]. Ce symbole sur fond noir ou rouge[7], dont le plus connu est le Jolly Roger[8], ornait les pavillons sur les mats pour signifier à l’ennemi que son temps était compté et l’invitait à se rendre sans combattre. Avec sa fonction psychologique et spécialement craint par les équipages, ce signe a la particularité d’être facilement identifiable durant leurs activités.

Nous pourrions également citer la présence de ce symbole comme signal fort pour expliciter la présence de champ de mines, particulièrement popularisé pendant la seconde guerre mondiale et qui perdure aujourd’hui[9]. L’utilisation de la tête de mort est également présente dans les insignes militaires européens. Nous pouvons citer des utilisations par des aviateurs, tels que le français Charles Nungesser ou des navires de la marine anglaise dans la première guerre mondiale. Pour poursuivre dans le domaine militaire, les apparitions de la tête de mort sont celles arborées par des escadrons de la mort durant la seconde guerre mondiale. Nous pouvons citer l’une des plus mortifère, l’organisation paramilitaire nazie la Schutzstaffel (S.S.) qui l’arbore dès l'arrivée au pouvoir en 1933 du NSDAP. L’insigne allemand de Totenkopf, repris des hussards prussien[10], est particulièrement connu de sa politique concentrationnaire et d’extermination.

Nous venons de voir qu’un même signe embarque avec lui plusieurs significations où il faut regarder du coté de son medium. Si notre signe avec un dessin similaire évolue sur des supports différents, c’est ce contexte qui déterminera le signifié du signe. Cette tête de mort, si elle se trouve accolée sur une bouteille (pour poison) ou sur un drapeau (pour pirate), notre perception en sera différente. Sa connotation restant la même (la mort), mais ses signifiés sont bien différents selon leur contexte et leurs utilisations.

1.2. Trouble du signifié

Nous pourrions aisément penser que cette forme est plus facile à interpréter pour parler d’un danger mortel. Cependant, même celle-ci présente un risque d'interprétation erronée. Ce symbole pour annoncer la mort est fortement culturel et ne fonctionne pas pour tous. Une démarche allant dans ce sens va remettre en question le signe que nous venons de voir pour le poison car il existe une interprétation biaisée chez un certain type de personne.

Le Dr. Richard Moriarty et l’Hôpital pour enfant de Pittsburgh se sont rendus compte que ce symbole ne met pas en alerte les enfants contre les dangers, mais au contraire, ils ont tendance à jouer avec[11]. Ce symbole, se trouvant régulièrement dans le quotidien des enfants et particulièrement dans les films, dessins animés ou parcs d’attraction a une connotation de jeu due à sa référence au monde des pirates. Suite à des tests effectués dans un choix parmi trois propositions de symboles — une tête malade, une tête de mort et une tête hurlante — c’est cette première qui l’emporta et donna naissance à Mr. Yuk en 1971. Ce symbole, présumé avoir moins d’ambiguïté s’adresse aux jeunes enfants qui n’ont rencontré le symbole de la tête de mort que dans un contexte de jeu. Il n’a pas encore la culture nécessaire pour percevoir la mort dans ce symbole (la comprend t-il?) mais il est plus familier avec les émotions sur les visages. Cette conception, se base sur l’universalité des émotions et en utilise une bien connue : le dégoût[12].

Cette solution repose sur cette capacité innée où des formes sont déjà encodées dans notre cerveaux : les êtres humains sont des êtres sociaux et sont nés avec un logiciel avancé d’interprétation des émotions. Il est clair que le signifiant de la tête de mort reste le même cependant entre un adulte et un enfant, c’est au niveau du signifié et de son référent qu’il nous faut regarder. Pour l’adulte, la tête de mort aura une fonction d’avertissement de danger. Mais chez l’enfant, vierge de ces références (et de la violence qui va avec), c’est le jeu qui en ressortira. Ces travaux nous montrent que même une évidence qui semble innée (ce symbole pour danger de mort), il nous faut comprendre le niveau de culture des personnes avant de prendre des décisions de conception.

D’autres exemples, mais cet fois dans le domaine militaire, questionne également notre rapport à ce signe. Les pictogrammes utiliser pour identifier les mines au Tajikistan[13] et à Bagram en Afghanistan[14] sortent du marquage classique de la tête de mort avec deux tibias. Leurs dessins sont inhabituels, ils font passer le message par une représentation du corps humain en entier ou d’un zoom sur les pieds. Ces dessins proches d’une communication non verbale et moins symboliques, illustrent la cause et les effets dans leurs panneaux. Cet autre exemple nous montre que cette forme bien classique dans notre culture n’est pas toujours lisible et que la représentation de la mort par un crâne n’est pas si évidant qu’il n’y paraît. Ce signe demande nécessairement à être interprété et remet en question une forme supposée avoir une portée universaliste.

2. Signe arbitraire : deux trilobes pour biohazard & radioactif

2.1. Un signe vide du sens

La catégorie du signe arbitraire, concerne les signes symboliques créés de toute pièce. Leur lecture doit passer par une connaissance de ces signes et un apprentissage pour les utiliser (une croix pour nocif, un point d’exclamation pour attention, etc.). Cette catégorie établit une rupture, dans lequel le concept n’est pas directement relié à la forme du dessin. Certains signes arbitraires que nous allons voir, sont loin d’être aléatoire mais issu d’un certains nombres de règles pour les créer.

Si nous observons des symboles contemporains créés de toute pièce pour marquer un danger, il est intéressant d'observer la réalisation du symbole pour marquer des sites contenant des substances à risques biologiques ou radioactif. La création de ce type de signes comporte à la base une difficulté dans sa problématique : le référent sensé aider a créer le signifiant est difficilement représentable par une forme illustrative. Comment avertir et signaler le danger d’une présence invisible à l’oeil nu tel qu’un danger radioactif ou biologique?

En 1966, une équipe d'ingénieurs et de designers de Dow Chemical décide de se réunir afin de créer un signe pour pallier à un manque de cohérence entre plusieurs symboles utilisés pour communiquer un risque représentant une menace à la santé humaine. L'équipe chargée de sa réalisation adoptât une approche relativement intéressante, où ils décident de dessiner un symbole sans signification mais facilement mémorisable. L’équipe dirigée par Charles Baldwin, formule une liste de critères principalement liés à la psychologie de la reconnaissance et de la rétention afin de commencer le design. Elle propose six critères[15], le symbole doit : attirer immédiatement l'attention, être unique et sans ambiguïté (non confondu avec d'autre symboles), être rapidement reconnaissable, être facilement dessiné, être reproductible au pochoir, ne pas avoir de sens de lecture pour être lisible sous tous les angles et être acceptable pour des groupes d'origines ethniques différentes. Après la sélection de six dessins sur un panel de quarante, l'équipe effectue des tests sur 300 candidats américains pour retenir le symbole le moins significatif mais le plus mémorisable[16]. Pour trouver la solution, l'équipe demande aux participants ce que signifiait chaque symbole, pourquoi il était utilisé et ils étaient encouragés a en choisir un. L'équipe détermine un «score de signification» (meaningfulness score) en fonction d'un pourcentage de significations et choisi celui avec le score le plus faible et le plus mémorisable. Ces recherches aboutirent à la sélection d'une forme que nous connaissons aujourd'hui et il deviendra le symbole national puis international du danger biologique dans sa couleur rouge-orangé fluorescent (biohazard warning symbol). Il est intéressant de constater l'approche peu courante qui aboutit à un symbole vide de sens qui a le champ libre pour lui donner une signification à un problème nouveau.

Pour continuer sur la thématique et si nous regardons pour le signalement des risques de la radioactivité et d’irradiation, nous avons le symbole appelé le trisecteur ou encore le trèfle radioactif[17] (un cercle central et trois ailettes). Ce symbole international est proposé en 1946 par le Laboratoire de radioactivité de l'université de Californie à Berkeley et son dessin était d'abord en magenta sur fond bleu pour ne se référer à aucune couleur déjà utilisée. Ce pictogramme fonctionne de la même manière que son cousin le biohazard, il s'agit d'un signe qui est une pure convention et il nous faut l'apprendre pour en connaitre son signifié. Ces deux trilobes, où un réel travail de design pour une lecture à 360° a été effectué, comportent des avantages. Il y a soit une interprétation apprise soit rien et cette particularité réside dans le fait que le signifiant est abstrait et remplace un objet non visible. Il ne peut pas renvoyer à autre chose que ce qu’il est. Le signe, même s’il doit être appris, n’aura que peu de couches d’interprétation possible, il semble bloquer toute possibilité d’interprétation. Le signe radioactif ou biohazard, une fois appris, ne renvoie qu’à son référent (la substance radioactive ou biologique).

Le signe créé de toute pièce, avec l’attribution arbitraire du sens sémiotique à un signe, permet de créer un idéogramme (logogramme) qui a une fonction de signal (d’avertissement) de danger. Il est donc convenu que la forme que prend ces trilobes ne peut être retenue que par effort particulier mais «cet effort de mémoire génère un lien psychologique très intense entre signifiant d’une part, signifié et référent de l’autre»[18]. Leur apprentissage nous a coûté d’une part (ce qui fait surement que nous y tenons beaucoup) et de l’autre, cet apprentissage est un important facteur de sociabilité dans une expérience socialisée commune. Il est important de constater que le lien affectif qui unit le signifiant et le référent dans les signes arbitraires est fort.

2.2. Un signifiant renforcé

Mais ces signes, créés de toute pièce et malgré toutes les qualités que nous venons de voir, impliquent toujours un problème de compréhension. L’interprète engagé dans le processus sémiotique de lecture du signe échoue à coté du sens sans la clé de lecture. Le problème du signe est qu’il ne peut que représenter l’objet et en dire quelque chose, il ne peut ni faire connaître ni reconnaitre l’objet.

L’énonciation de cette substance ne doit pas également servir à communiquer, transférer des informations, mais aussi à agir. Ce signe n’a pas qu’une fonction de signification, ce signal (tel les feux tricolores) doit amener le corps à l’action. Le signe ne doit pas seulement communiquer sur la substance rencontrer (dangereuse pour l’humain) mais connoter une action à devoir faire (la fuite) et les risque encouru (la mort). Il s’agit de signifié un acte directif, constituant un ordre : «ne franchi pas cette ligne sinon tu vas mourir».

Pour aider et accéder au signifié, il est possible de mélanger des signes iconiques et des signes abstraits, ou un signe et un objet du monde (appelé les embrayeurs en linguistique) et il n’est pas rare de voir apparaitre des exemples les connectant. Par exemple, la bande dessinée utilise fréquemment cette technique d’association de deux signes de natures différentes. Nous pouvons citer l’utilisation de traits en zigzags ou d’une tête de mort apposé sur la tête du personnage pour évoquer la colère, l’utilisation d’une spirale pour évoquer la folie du personnage les arborant ou des coeurs pour l’amour, etc. Un autre exemple tiré de la bande dessinée est tout aussi intéressant : la lecture en séquence. Cette lecture intègre un niveau supérieur aux signes et assigne une lecture narratologique (en séquences). Ce procédé incorpore une progression narrative dans la lecture d’une image qui peut sembler problématique dans son processus d’interprétation et ne représentant rien de connu (l'image n’a pas de relation directe avec la chose qu'elle représente).

Une équipe de chercheurs de l’AIEA (Agence internationale de l'énergie) a travaillé à incorporer cette question de plusieurs signes en connexions dans une narration pour la lecture du symbole de radioactivité. Bien que développé et bien diffusé depuis 1946, un nouveau symbole[19] émerge en 2007 pour compléter celui du trisecteur dans certaines circonstances et prévenir des rayonnements ionisants. Cette version utilise ce procédé et l’incorpore au symbole international existant. Ce principe de narration, associe la cause et l’effet dans le design du symbole et pourrait palier à son manque de signification perceptive. Après un travail de cinq années, mené dans onze pays et testé auprès de différents groupes de population, l’idée doit être claire pour ce nouveau symbole et s’assurer que le message est bien compris de tous : danger, rester à l’écart. Ce nouveau symbole garde le signe radioactif mais y ajoute une représentation de la conséquence du risque — la mort représenté à nouveau par la tête de mort et la recommandation à la personne lisant ce panneau — la fuite de l’être humain.

Même si le symbole tête de mort avec deux tibias est certainement a remettre en question (voir plus haut), il est intéressant de constater que les travaux de la création d’un symbole vident de sens est questionné pour y incorporé des éléments se référents au réel. Ce nouveau principe de représentation n'est pas sans rappeler les essais dans les années 1970, par des ingénieurs, anthropologues, physiciens et scientifiques du comportement tentent d’incorporer un contexte dans une narration en plusieurs images[20]. Mais cette nouvelle séquence de symboles semble palier à la question du sens de lecture (de droite à gauche ou de bas en haut) et a l’interprétation de sa signification en illustrant non seulement la cause mais les conséquences et l’action à produire. Cette méthode se trouve également dans une version plus proche du roman graphique dans des illustrations utilisées par Handicap International pour prévenir les enfants et sur l’attitude à adopter face aux mines[21].

Nous voyons combien un signe arbitraire abstrait nous est renseigné par la présence de son contexte et de la localité avec un nouveau signe iconique (pictographique). Ces différents signifiants connectés, multiplient le cadre sémiotique d’interprétation nous aide à comprendre ce qui nous est montré. Dans cette approche, le sens n’est pas enfermé à l’intérieur d’un symbole unique mais en constitue une mise en scène. Cet ensemble de symboles est fonction de l’état global du système et reste lié à l’activité générale du continuum. Nous pouvons ici puiser notre connaissance des signes émis par un environnement et ils n’émergent pas seul au monde mais dans un contexte qu’il nous faut appréhender.

Conclusion

Dans ce contexte, un danger non perceptible provoquant la mort, nous observons que ces signes, qu’ils soient motivés ou arbitraires, sont à apprendre et ne peuvent être compris sans être lié à leur culture. Nous remarquons pour le symbole du crâne et des tibias en croix que même si sa connivence avec le référent peut nous paraître immédiatement identifiable, celle-ci peut avoir de multiples interprétations suivant le niveau de culture du lecteur. Ce symbole est utilisé dans trop de contexte et donc difficile à associer à quelque chose de précis. Nous pourrions penser au contraire qu’une forme abstraite ne se référent à rien de connu serait plus précis pour évoquer une nouvelle forme de danger et moins ouvert dans son signifié. Mais il reste un signe codifié par une culture commune et qui doit être appris pour en comprendre le signifié. Michel Foucault nous dit d’ailleurs que «le signe n'attend pas silencieusement la venue de celui qui peut le reconnaître: il ne se constitue jamais que par un acte de connaissance»[22]. Sans connaissance de la signification réelle de ces signes qu’il soit identifiable ou abstrait, nous ne pouvons en décrypter leur sens et comprendre leur fonction d’avertissement.

Nous pouvons en conclure qu’un signe ne peut pas être réduit à un seul signe graphique le représentant mais qu’il doit être renforcé par des signes pictographiques paralangagiers (émotions, postures ou gestuels). Notre signifiant doit être connecté à un ensemble de formes plus universelles permettant à l’interprétant de se projeter et de se situer dans l’information exposée (exemple : un danger technologie non connu). Le message composé de signes connectés doit être centré sur l’humain, afin de le protéger contre un risque donné et l’orienter sur l’action à exercer. Il nous faut incorporer notre danger dans un contexte global et non dans un symbole unique. Il doit permettre de signaler à la fois : la cause (le problème), la conséquence (l’effet provoqué) et l’action à produire (la protection à porter ou l’attitude à avoir). Ce signifiant renforcé nous amènerait à décoder le message qui nous est adressé et emmener notre corps à agir.

Écrit par

Simon Renaud

Designer graphique & Typographe

Notes

  1. Jean-Marie Klinkenberg, (1996), "Précis de sémiotique générale".
  2. Ferdinand de Saussure, (1972), "Cours de linguistique générale".
  3. Le trisecteur est un symbole d’expositions à des rayonnements ionisants. Il est constitué d’un disque entouré de trois sixièmes de disque tronqué. Il est communément appelé «trisecteur», «Pâquerette» ou encore «trèfle radioactif».
  4. Voir History of drug containers and their labels de George Griffenhagen et Mary Bogard, American Institute of the History of Pharmacy, 1999.
  5. Antoon van Dyck, (1630), Voir crâne d’Adam au pied de la croix.
  6. Papier, cartes, plans et profils, manuscrit de 1890, BnF.
  7. Le pavillon noir est hissé pour inviter l’ennemi à se rendre sans combattre et en cas de refus, le pavillon rouge est hissé pour signifier que le combat sera sans quartier.
  8. Charles Johnson, (1724), "A General History of the Robberies and Murders of the Most Notorious Pyrates".
  9. [https://commons.wikimedia.org/wi…].
  10. Liliane et Fred Funcken, (1976), "L’Uniforme et les armes des soldats de la guerre en dentelle".
  11. Mr Yuk, teaching people to stay safe from poisons and toxic exposures, The Washington Poison Center.
  12. Paul Ekman a définit une première liste de 6 émotions de base en 1972.
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